Connaissez-vous le lieutenant colonel Petrov? Moi je l’ai découvert il y a une semaine dans un documentaire « L’homme qui sauva le monde ». Le documentaire n’est pas fabuleux, mais l’histoire du colonel Petrov m’a fascinée. Comment ai-je pu passer à côté de ce fait historique incroyable? Comment Hollywood n’en a pas encore réalisé un biopic? Cette histoire extraordinaire nous enseigne une grande leçon de sagesse, notamment pour éviter l’escalade lors de conflits, que ce soit entre Etats mais aussi dans nos vies quotidiennes.

A partir de l’histoire du colonel Petrov, et de celle d’un autre héros, Leonard Peroots, je vous proposerai trois conseils pour éviter l’escalade de tous conflits auxquels vous devez faire face.

 

Le Russe qui sauva le monde.

C’était le 26 septembre1983. (Au fait, si vous étiez déjà né, vous rappelez-vous de ce que vous faisiez ce jour-là?)

Les Etats-Unis et l’URSS sont en pleine guerre froide. La course aux armements bat son plein. Près de Moscou, le lieutenant-colonel Stanislav Petrov, est responsable de la Défense aérienne de l’URSS. Il remplace son homologue, malade.

Cette nuit-là, à minuit quinze, les écrans informatiques signalent l’attaque de missiles américains contre l’URSS. Pourtant, rien n’est visible sur les radars au sol anti-missiles. Normalement, selon le protocole de défense, Petrov devrait riposter immédiatement. Mais il a un doute. Et si le système informatique ne fonctionnait pas? Il n’a que vingt minutes pour décider de riposter, avant que les missiles, s’ils sont réels, ne touchent le sol russe.

Tandis que les écrans informatiques continuent de signaler le lancement de missiles, les écrans radars, eux, n’enregistrent toujours aucune attaque. Le colonel Petrov prend finalement la décision de ne pas réagir, au risque de se tromper et de contrevenir au protocole militaire auquel il est censé obéir.

Il téléphone à ses supérieurs et affirme que l’informatique est défaillante. Il n’y a rien à signaler, dit-il.

Pourtant… « Les chances étaient 50-50… Je savais que ma réaction déterminerait le cours de l’histoire ».

Et s’il avait cru à l’attaque américaine? 

En décidant de riposter, il aurait déclenché la 3e guerre mondiale. Et avec les armes de destruction de cette époque, notamment la bombe atomique, la moitié de la population des Etats-Unis auraient probablement péri ainsi qu’une grande partie des habitants de l’URSS. Mais aussi les pays limitrophes auraient été touchés, la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne… et les conséquences auraient été dévastatrices durant des années, voire plusieurs générations, partout dans le monde !

Sa récompense pour cet acte courageux…

Il a été réprimandé par l’URSS pour cette décision parce qu’il avait désobéi au protocole et l’affaire a été classée top secret.  Pourquoi? Pour éviter que le monde soit au courant que l’URSS avait un système informatique défaillant !

Quel orgueil démesuré ! L’ego dans toute sa splendeur, incapable de reconnaître ses erreurs, et pour qui l’image extérieure est plus importante que tout.

Mmmh… ça vous parle ? Vous savez : cette façon de maintenir qu’on a raison même si on sait qu’on a tort, cette peur de perdre la face, de paraitre défaillant ou faible aux yeux de l’ennemi et du monde, cette manière d’essayer de faire passer l’autre pour le responsable du problème… Euh… Ffff… Bon poursuivons 😉

Pour revenir au colonel Petrov : jusqu’à sa mort en 2017, il a vécu seul, dans son petit appartement, avec une pension militaire très modeste. Il n’a jamais parlé à sa femme ou à sa famille de cet épisode historique. Il répétait aux journalistes qu’il s’était simplement trouvé au bon endroit au bon moment (il remplaçait ce soir là un autre officier qui, lui, plus discipliné, aurait riposté à coup sûr.) Le colonel Petrov a toujours maintenu qu’il n’était pas un héros. Il n’a jamais utilisé cet acte de courage pour sa propre gloire.

Une leçon grandiose ! 

Petrov a eu la sagesse ou l’intuition qu’il ne devait pas se fier aux apparences. J’imagine la scène, l’insoutenable tension :  vingt minutes (une éternité dans ce genre de situation) à réfléchir sur les conséquences d’une décision dont il était seul responsable, et qui aurait pu plonger le monde dans le chaos.

Mais il a osé désobéir au programme établi. Il a suivi sa conscience, son bon sens, il a sauvé le monde, et il resté humble.

Nous aussi, nous suivons nos programmes établis, nos schémas automatiques ; nous aussi nous réagissons souvent au quart de tour, nous croyant attaqué ou agressé. Une phrase et nous voilà prêt à nous battre, physiquement ou verbalement…

Merci colonel Petrov pour votre bon sens et votre humanité, merci de nous rappeler que parfois, il faut oser désobéir et remettre en cause les programmes pré-établis. Suivre son coeur est toujours l’action juste.

Mais, attendez ce n’est pas fini !

 

L’Américain qui sauva le monde

 

Côté américain se déroulait une situation quasiment similaire !

Ronald Reagan, qui n’était au courant de rien, avait doublé le budget militaire pour déployer 3000 têtes nucléaires supplémentaires. Trois mois à peine après la nuit où le colonel Petrov sauva le monde, les Etats-Unis procédèrent à une série d’exercices militaires. Ces simulations étaient tellement réalistes que l’URSS intensifia ses vols de renseignement et prépara son arsenal de guerre pour une éventuelle attaque.

Il semblait que l’escalade du conflit vers une guerre était inévitable.

Pourtant… Devant cet état d’alerte maximal, Leonard Peroots, le directeur de la Défense Intelligence Agency, décida de ne pas faire mention de cette alerte dont il avait reçu les informations : il minimisa volontairement les actions de l’URSS, ce qui évita à l’OTAN de sur-réagir. Comme Petrov, il avait défié le protocole établi. Lui aussi a fait le choix de ne pas réagir. Lui aussi est mort discrètement, trois semaines avant le colonel Petrov.

Ironie de la vie? Hasards qui n’en sont pas? Ou action invisible d’une instance « supérieure » qui a inspiré ces deux hommes en même temps?

La lecture symbolique

Je vous propose maintenant une lecture symbolique de ce fait, comme pour un rêve, pour en extraire l’enseignement magistral qui pourra vous aider lors de situations conflictuelles.

 

La leçon : Comment ne pas envenimer un conflit latent

 

Imaginez que cette histoire est la représentation symbolique d’un conflit entre vous et une autre personne.

La guerre froide est là, le conflit latent. Les armes s’accumulent : ce sont les reproches, les critiques, les faits qui vous dérangent et qui s’accumulent, les rancoeurs etc.. Le conflit est latent depuis des années.

Soudain, alors que votre arsenal est prêt dans vos placards, votre partenaire s’adresse à vous sur un ton que vous considérez agressif. Est-ce qu’il vous attaque? Ne vous enverrait-il pas des SCUDS? Ne chercherait-il pas la guerre?

Votre système intérieur programmé depuis des années sur la peur d’une attaque vous met en alerte immédiatement. Faut-il riposter ? Oeil pour oeil dents pour dents? (au fait, si on avait pris cette expression au pied de la lettre, on serait presque tous aveugles et édentés sur cette planète !)

 

Faites comme le colonel Petrov. Ne réagissez pas !

Avant de riposter, vérifiez que l’agression est réelle. Ne dramatisez-vous pas? N’êtes-vous pas en train de projeter vos propres peurs sur l’autre? N’avez-vous pas dramatisé le ton de voix de l’autre, alors que ce n’était qu’un appel à discuter? Ne déformez-vous pas ses propos par automatisme ? Ne profitez-vous pas de la situation pour que le conflit latent devienne réel ?

Que faire? Plutôt que d’envoyer vos missiles sans attendre, observez, écoutez, vérifiez. Et laissez la situation s’apaiser. Quand vous laissez l’autre parler sans le contredire jusqu’au bout, vous abaissez ses résistances et il s’apaise en général de lui-même.

Ne rien faire peut vous sauver !

Finalement… Vous vous rendez compte que vous avez exagéré le conflit. Vous abaissez les armes. Le conflit est évité. Bravo à vous. Ouf…

Vous avez juste fait preuve de bon sens. L’effet magique? Et bien l’autre de son côté aussi, a probablement envie de désamorcer sa bombe! Les faits historiques ont montré que l’envie d’apaiser le conflit avait émergé des deux côtés, sans que l’un ni l’autre ne soit au courant. L’un s’élève, l’autre aussi. Nous sommes reliés, ne l’oubliez jamais. L’effet miroir existe ! Alors faites le premier pas, et l’autre suivra sûrement.

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ACTION : 3 conseils pour éviter d’envenimer les conflits

 

Voici en résumé ce que nous ont appris le colonel Petrov et Leonard Peroots :

  1. Observez et écoutez toujours avant de riposter : ne soyez pas impulsif, restez neutre, comme a pu le rester le colonel Petrov. Evitez les commentaires intérieurs et les jugements. Transformez ce moment délicat une « méditation » de pleine conscience ! Respirez !
  2. Prenez le temps de vous répondre à cette question : est-ce que vous voulez la paix ou la guerre? 
  3. Minimisez les propos de l’autre, au lieu de les dramatiser, ou de pointer du doigt ce que l’autre vous dit (faites comme Leonard Peroots), Certes vous avez été peut-être insulté : mais ces insultes ne vous sont pas adressées, elles ne vous concernent pas : elles s’adressent à une image, celle que l’autre a projeté sur vous. Il s’est fait un film et il croit à son film. Il vous voit tel qu’il le projette. Il ne vous vois pas vous réellement. Si vous ne réagissez pas à son film, si vous ne jouez pas le rôle qu’il attend de vous, il ne pourra pas vous combattre, parce que vous n’existerez pas.

 

S’il n’y a rien à combattre, il n’y a pas de conflit !

Evidemment, si la personne en question est violente, vous aurez surtout à vous devrez vous mettre à l’abri, et trouver de l’aide si besoin. Mais les trois conseils ci-dessus vous aideront à garder la tête froide, à ne pas paniquer et à savoir intuitivement quelle sera la meilleure action à mettre en place.

Maintenant, souvenez-vous d’une situation conflictuelle. OU pensez à une personne avec qui vous êtes en conflit actuellement.

Imaginez le conflit façon Petrov et Peroots. Appliquez les 3 conseils et imaginez les conséquences de votre nouvelle attitude sur le conflit. Refaites l’exercice plusieurs fois, sur plusieurs situations possibles, afin de programmer de nouveaux schéma de fonctionnement. (Les anciens schémas défaillants sont à changer)

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